Septembre 1987 - Rentrée en 6ième
La grande aventure, le collège et toutes ses nouveautés. Je
pratique un nouveau sport tous les mercredi, la Voile et je découvre le jeu de
rôle. Avec une petite équipe d'amis nous commençons avec "l'Oeil Noir" et
switchons rapidement sur AD&D. C'est lors d'une de ces séances de JdR que je
rencontre Ange pour la première fois. C'était l'Elfe du groupe, elle montrait un
profond attachement à la culture celtique. Rien de notable cette année là, on se
lie d'amitié mais elle ne m'intéresse pas. En fait aucune fille ne m'intéresse à
cette époque là, elles sont loin de mes préoccupations du moment (mes amis, la
voile, le JdR et les bouquins), d'autant plus que Ange cultive un look étrange :
toujours en pantalon, les cheveux courts, pas de poitrine (bon à cet age là de
toute manière...), un look très garçon. Elle n'est pas belle, n'intéresse pas
les garçons, mais elle est sympa, c'est déjà ça.
Septembre 1988 - Rentrée en 5ième
Je ne sais plus à partir de quel moment j'ai commencé à
m'intéresser à elle. Ou l'inverse, on a commencé un petit jeu de cache cache, de
"je t'aime moi non plus", il était hors de question pour moi de sortir avec une
fille, ma fierté masculine en aurait pris un coup. Mais la petite Ange avec son
look androgyne et sa solitude me plaisait bien. Notre groupe de JdR continuait
toujours, notre MJ anorexique nous quittant malheureusement en fin d'année pour
être hospitalisé afin d'être nourri de force. Ange me fait clairement la chasse,
je flippe et m'invente une copine "blonde et en 4ième" que je vois le mercredi
au lieu d'aller à la voile. Un mensonge qui me coûtera tellement je pense.
Pourquoi j'ai inventé ce truc là ? J'en sais rien, je ne pensais pas qu'elle y
croirait, moi même je trouvais ça trop ridicule. En plus la petite ange
m'impressionnait déjà, j'ai quasiment 1 an d'avance dans mes études alors
qu'elle est la plus vieille de sa classe bien que n'ayant pas redoublé, hasard
des naissances. Elle est beaucoup plus mure que moi et me fait peur. Elle me
fait découvrir The Cure, elle entre dans son trip Curiste qui durera tant
d'années. Je commence à m'intéresser aux filles. Ange et moi avons même failli
nous embrasser dans les couloirs du collège, mais je n'ai pas trouvé la force.
Trop dur, trop peur, trop impressionnant. Je ne suis pas sur de vouloir sortir
avec elle. Mais déjà son regard me fait chavirer et sa petite voix m'envoûte.
Puis vient le voyage de classe en Allemagne, les familles d'accueil, le train
couchette. Et mon premier baiser, au son de "Still Loving You". Je m'en
rappellerai toute ma vie : train vers Nürnberg, il y avait 2 autres filles, des
bonnes amies, et Ange. Nous avons éteint la lumière. J'étais assis à coté
d'elle. Je devais trembler de tous mes membres, mon coeur risquait d'exploser
dans ma poitrine. Ange s'est doucement approchée de moi dans le noir, m'a pris
la main, s'est collée contre moi, ses petits seins contre ma poitrine puis a
posé ses lèvres contre les miennes. Nous nous sommes embrassés gauchement, puis
petit à petit j'ai commencé à l'enlacer, à mettre mes mains sous son T-shirt,
dégrafer son soutien gorge, lui caresser ses petits seins d'adolescente. Cela a
duré tout le trajet, bien que je me sois fait chopper par le prof de Math qui a
débarqué à l'improviste dans le wagon des filles (où j'étais avec Ange). Après
cette nuit, elle m'a donné son soutien gorge. Je l'ai gardé de nombreuses
années, caché, comme un trophée, ou plutôt un souvenir. Ange m'apprend la vie,
m'initie à des tas de choses interdites. Nous ne faisons pas l'amour, oh non, je
suis encore bien loin de ces préoccupations, pour l'instant c'est baisers et
caresses. Tout le monde s'étonne que je sorte avec la "fille moche", la "vilaine
ange" qui ressemble à un garçon. Elle me parle de sa vie, de sa mère qui
l'oblige à se couper les cheveux pour ne pas plaire, à porter des pantalons pour
faire fuir les garçons. Je ne verrai Ange en jupe que 3 ans plus tard je crois.
On ne sait pas trop où se situer ange et moi. Nous sortons ensemble sans
vraiment l'être, je passe plus de temps avec mes potes qu'avec elle. A la fin de
l'année, la pression des amis est trop forte, nous nous séparons, sans douleur,
comme ça.
Septembre 1989 - Rentrée en 4ième
La révélation. Il ne s'est rien passé de notable durant
l'été, mais un truc a changé. Les filles, voilà un sujet fort intéressant. Je
commence à draguer un peu tout ce qui passe, mais je ne sors pas avec Ange. Elle
plonge de plus en plus dans son trip gothique. Je rejoins le mouvement tout en
restant le bon petit soldat, l'enfant sage que j'ai toujours été. C'est l'époque
des longues soirées au téléphone (parfois durant 3h) avec elle, à écouter de la
musique à distance, ce fameux "Close to me" qui bercera à jamais ma mémoire.
Nous ressortons encore ensemble, mais cela dure peu. Notre amitié grandit de
façon exponentielle, elle est devenue ma meilleure amie, ma confidente pour mes
peines de coeur avec d'autres filles qui n'arriveront jamais à sa cheville. Je
vais la voir chez son père, mes parents commencent à connaître la "petite Ange".
Ils connaissent surtout d'énormes factures de téléphone, mais bon...
Septembre 1990 - Rentrée en 3ième
De voyages en colonies, je découvre la vie, fait de nouvelles
rencontres éphémères, me prend aussi bon nombre de vents dans la tête. Mais je
reviens toujours vers Ange. Je refuse de sortir avec elle cette année là. Je me
concentre sur mes études pour intégrer le meilleur lycée de la ville, je
commence déjà à tracer mon parcours idéal, les filles passeront ensuite. Ange et
moi nous brouillons un peu vers la fin de l'année, elle me reproche de ne pas
l'aimer, mais je n'aime personne à cette époque là, je manque furieusement de
maturité.
Septembre 1991 - Rentrée en 2nde
La grande aventure. Nouveau lycée, nouveaux amis. C'est un
peu effrayant aussi. Je rencontre Julien qui deviendra mon nouveau meilleur ami
jusqu'au drame. Je plonge à fond dans les études. Année chiante au possible, je
ne vois que Ange de temps en temps, elle n'est pas dans le même lycée que moi.
J'ai arrêté le JdR mais je revois de temps en temps mes amis de collège. Pour
l'anniversaire de l'un d'eux, Ange et moi nous retrouvons après de longs mois
sans nous voir ni nous téléphoner. Elle a les cheveux longs, une belle jupe.
Elle est encore plus belle qu'avant, la rose a éclot, elle me fait chavirer. On
se retrouve autour d'une partie de Battletech avec tous les autres. Elle doit
partir plus tôt pour rentrer chez elle, cela me désole, je voudrais parler avec
elle, savoir ce qu'elle devient, comment elle va. Au moment de partir, alors que
nous étions alliés, la trahison de ses armées provoque la destruction massive de
la totalité des miennes pour son plus grand plaisir. Garce ! Elle part en riant,
je la poursuis. nous nous embrassons dans la rue. Un baiser amical, pas de je
t'aime. Je crois que je ne lui ai jamais dit je t'aime et elle non plus en fait.
Pas avant 2001 en tout cas. On recommence à s'appeler, elle me parle d'un
éventuel transfert dans mon lycée l'an prochain. Je me mets à rêver...
Septembre 1992 - Rentrée en 1ière
Ange est là ! Elle rejoint mon lycée ! Je saute dans tous les
sens, la présente à mes amis. Le constat est le même à chaque fois : "mais c'est
qui cette fille moche ?". Sa mère a repris les choses en main, cheveux courts à
nouveau, pantalons peu sexy. c'est clair qu'elle ne colle pas avec les canons de
l'époque. Mais je la connais bien, je distingue déjà la perle qui se cache en
elle. Pourtant une fois de plus la pression sociale est trop forte. Je ne veux
pas être le gars à sortir avec la fille moche. Ange veut sortir avec moi, je
refuse, la jetant même dans les bras de Julien pour avoir la paix. Et avant
l'été c'est la catastrophe. Julien vient me voir et m'annonce tout sourire qu'il
a couché avec Ange, alors même qu'ils ne sont sortis ensemble que quelques mois
il y a longtemps déjà. Il se vante, elle était vierge, je manque de m'étouffer,
il en parle avec le plus grand mépris, comme d'un trophée. Rupture définitive
avec lui. Explications avec Ange. Elle était encore amoureuse de lui, de son
coté bohème, révolutionnaire, il sait parler, il est un peu philosophe. Et un
jour alors qu'ils rentraient du lycée, Ange lui demande s'il voudrait coucher
avec elle, comme ça, pour se rassurer et voir si elle plait. Il répond "Tout
mais pas ça", mots qui resteront gravés à jamais dans ma mémoire. De rage elle
le traque toute la journée, profondément vexée, elle fait de cet affront une
affaire personnelle. Ils arrivent chez lui et font l'amour. Elle me dira plus
tard que c'était fort décevant, que Julien a été mauvais. Maigre consolation.
J'espérais secrètement qu'Ange soit mon premier amour et que je sois de même
pour elle. Mes illusions s'envolent, je me sens à la traîne, encore vierge, je
doute de moi. Je me replonge encore plus à fond dans les études pour oublier.
Quelques filles par ci, par là, mais plus des amourettes de vacances, je ne veux
pas d'une relation stable. Ange redouble sa première, change de lycée une
nouvelle fois, retourne à Toulon. Nos chemins s'éloignent, je vais la perdre...
Septembre 1993 - Rentrée en Terminale
L'année où tout a basculé, la fin d'une vie, d'une époque.
Ange sort avec d'autres personnes à Toulon, on se téléphone encore, mais c'est
différent, je soufre maintenant, une souffrance nouvelle, au niveau du coeur,
quelque chose de jamais ressenti. Ange m'invite chez elle à Toulon me promettant
monts et merveilles, j'accours, nous passons la journée ensemble, à nous
balader, elle m'initie au tarot divinatoire. Elle m'emmène sur le rocher des
amoureux, me fait une déclaration, me dit que si je trouve le rocher où est
marqué "Perdition", c'est que nous sommes fait l'un pour l'autre. Je ne
trouverai jamais ce rocher qui pourtant était devant moi, sous mes yeux, au fond
de l'eau. Je rentre à Marseille désespéré bien décidé à oublier Ange. Je
commence une relation stable avec Ludivine. Sur un malentendu. J'avais demandé à
une amie de me présenter à Ludivine, une fille en première avec elle. Lorsque
mon amie arrive avec la fameuse Ludivine, je constante avec horreur que ce n'est
*pas* la bonne Ludivine, il y en avait deux dans sa classe ! Pas grave, celle-ci
me plait bien, je me jette à fond dans ma relation avec elle au son d'Unchained
Melody. Nous nous entendons bien. Je suis un peu intimidé car Mika, mon meilleur
pote m'a sorti un jour une sale blague "Tu connais la différence entre Ludivine
et une mouche sur le cul d'une vache" (j'ai pas dit que ça allait être poétique
non plus), "Elles se sont toutes les deux pris un coup de queue". Mon Dieu !
Elle n'est plus vierge alors que moi si ! Je peux croire ses sources, il sort
avec la meilleure amie de Ludivine. J'ai du mal à oublier Ange, son histoire
avec Julien m'a profondément affecté, je commence à voir que je tiens un peu à
elle tout de même, mais je n'arrive toujours pas à analyser mes sentiments, je
ne perçois que de la jalousie, je ne veux pas voir ce qui commence à crever les
yeux. Ma relation avec Ludivine est au beau fixe, le bac approche, tout va bien.
Pourtant l'orage gronde au loin sous le soleil de Marseille. La veille de
l'épreuve de philo, Ange vient me rendre visite à la maison. J'ai prévenu mes
meilleurs potes (pas Julien) qu'elle va venir et conscient du risque qu'elle
représente pour ma relation avec Ludivine, je leur demande de m'appeler tout
l'après midi au téléphone pour que je ne fasse pas de connerie. Ange vient à la
maison à 14h, nous discutons dans ma chambre sur le tapis. Elle est belle, j'ai
envie d'elle. On parle de l'époque où nous sortions ensemble. Elle sort avec un
gars plus vieux qu'elle, Freddy. Je mets de la musique, "Still Loving You". On
se regarde tendrement, de nombreux souvenirs remontent à la surface. "Tu te
souviens" dis-je ? "Oui" répond t'elle dans un souffle. Nous nous jetons l'un
contre l'autre, nos lèvres se touchent, nous nous embrassons. Je défait sa
veste, dégrafe son soutien gorge, commence à la caresser. Toujours aussi
maigrichonne, je l'aime comme ça. Changement de musique, "The Cranes". La voix
sépulcrale de la chanteuse nous berce. "Pense à Ludivine" dit elle. Je pense à
la phrase de Mika. Ludivine n'est plus vierge. "Je m'en fous, c'est toi que...
et Freddy ?" dis je. Aucune réponse de sa part, nous nous déshabillons. Sortir
les préservatifs, le stress de la première fois, essayer d'en mettre un
correctement. Le téléphone sonne : mes amis qui viennent aux nouvelles. "Tout va
bien, je dois raccrocher". Ils sentent que je cache quelque chose. Je débranche
le téléphone. Je suis conscient de ce que je vais faire. J'accepte mon destin.
Nous faisons l'amour. Enfin, j'essaie. Je suis plutôt catastrophique, ça ne veut
pas marcher. Ange le prend du bon coté. Elle commence à m'embrasser dans le cou,
sur le torse et descend petit à petit vers mon bassin. Ses yeux. Ses yeux me
hanteront toujours, je revois son regard, un regard d'amour, d'envie, de passion
alors qu'elle joue avec moi. Nous restons tout l'après midi à nous aimer, à se
caresser, à s'embrasser. "On n'a jamais réussi à être ensemble au même moment
nous deux, on s'est toujours ratés" dira t'elle. "Oui, et je pense que quand je
serai marié tu seras toujours ma maîtresse" j'ajoute en rigolant. J'ai le
sentiment d'avoir tout raté, mais j'ai tellement appris ce jour là. Et Ange a
été ma première fois. A nouveau. Elle m'a crée, elle m'a forgé, je lui dois
d'être ce que je suis. Je la raccompagne à la gare. Rentré chez moi, mes amis me
téléphonent, je ne peux qu'avouer ce que je viens de faire. Ludivine m'appelle
ensuite pour me donner rendez-vous le lendemain matin avant l'épreuve. Mon
cerveau est en vrac, je ne sais plus où j'en suis, j'ai l'impression d'être la
pire des ordures. Mais je ne suis plus vierge, je ne serai pas ridicule avec
Ludivine. Le lendemain elle m'attend devant la salle de l'épreuve. Me demande
pourquoi j'ai les coudes râpés, m'embrasse et me souhaite bonne chance. Je
n'arrive pas à me concentrer, je penses à Ange, Ludivine. Bilan des courses, le
major de promo en philo se tape un 4 au bac. Pas grave, les sciences sont là
pour tout rattraper. L'été, le choc, la rupture. Alors que Ludivine est en
vacances dans un bled paumé où se trouve son ex, je lui écris tous les deux
jours une belle lettre, sous forme de journal. C'était une littéraire, fille de
prof de français, c'est elle qui m'a vraiment révélé la littérature, donné le
goût pour l'écriture. Pourtant, aucune réponse de sa part. A mon retour à
Marseille, je reçois un colis contenant toutes mes lettres brûlées. C'en est
trop pour cette année. Je me brise trois phalanges d'un coup de poing dans mon
lit. Fin d'été abominable, je change, je deviens mauvais, aigri, je veux me
venger, j'adopte une attitude de sale petit con que je garderai de nombreuses
années.
Septembre 1994 - Rentrée en Math Sup
Guerre froide avec Ludivine qui ne me parle plus. Son Ex l'a
à nouveau largué. Bien fait. Lors de mon bizutage, je fais la connaissance d'une
Corse bien mignonne avec le même prénom que Ludivine (mais en Flamand).
J'apprécie l'ironie de la chose et nous sortons ensemble. Je revois Ange, nous
nous amusons ensemble, en toute amitié. On se connaît par coeur, c'est l'entente
cordiale. Ludivine fulmine dans son coin, ses amis m'attaquent sans cesse en me
disant qu'elle soufre, que je ne sors avec ma Corse que pour me venger de
Ludivine. Pas totalement faux. Un soir alors que je rentre chez moi, je la
trouve sur mon chemin, faut dire qu'elle habitait à coté de chez moi. Elle est
triste, malheureuse. Elle me plait toujours, je l'aime encore, elle me manque.
J'ai mon walkman avec justement "Unchained Melody" dessus. "Tiens, écoute ça,
Ludivine, tu te souviens". Elle me regarde tristement. "Oui". "Tu me manques
dis-je, et si on recommençait ?". Nous nous embrassons, le lendemain je quitte
ma tendre Corse pour m'afficher publiquement avec Ludivine. Noël approche, Mika
organise une fête dans son appartement où il vit seul, privilège du fils à papa
qu'il est. Ludivine et moi nous retrouvons seul un après midi pour décorer
l'appartement, grâce à la complicité de Mika. Nous nous retrouvons au lit, nus
pour la première fois ensemble.
- Ludivine : Et tu feras quoi ensuite (note : après avoir fait l'amour avec moi)
?
- Moi : (je suis complètement séché par la question, elle fait allusion à une
amie à elle qui après avoir couché avec son copain s'est faite larguer le
lendemain). Euh, je te garderai (d'un romantisme absolu mais la question m'a
dérouté)
- (dans un murmure) Vas-y doucement, je suis vierge...
- (Gros choc. Elle est vierge ?! Mika espèce d'imbécile ! C'est sa petite phrase
qui m'a fait coucher avec Ange et trahir Ludivine. C'est trop pour moi, je ne
peux pas faire l'amour avec elle dans ces conditions). Tu es vierge ? Je crois
qu'il vaut mieux que l'on fasse ça dans un meilleur endroit.
Nous nous rhabillons. Le soir de la fête nous ferons l'amour
dans la chambre des amis chez Mika alors que celui-ci couchera avec la meilleure
amie de Ludivine dans la pièce à coté. C'est le début d'une belle histoire, je
continue à voir Ange, mais en pure amitié. Ange évolue dangereusement à mon sens
: elle embrasse le mouvement gothique, plonge dans le JdR semi-réél (Vampire),
fréquente des groupes de rôlistes toulonnais qui s'illustreront tristement
quelques mois plus tard dans des saccages de cimetières. Elle vit avec son père,
l'emprise de sa mère disparaît, elle se fait belle, récupère toutes ses années
perdues, sort avec un nombre incalculable de mecs qu'elle appelle "mes petits
poissons". Tout gravite autour d'elle. J'aime Ludivine, mais je suis
terriblement jaloux pour Ange. Elle m'offre la totalité de ses cartes Magic The
Gathering comprenant de nombreuses cartes rares. C'est sa façon de me faire
plaisir. Cette année là je m'entaille la main suite à une dispute avec elle,
pour me souvenir. Une petite croix sur la main droite, légère cicatrice qui ne
partira jamais, mais qui me rappelle Ange dans les moments de doute. Elle était
gravée dans mon esprit, maintenant elle l'est dans ma chair. L'amour de ma vie,
celle qui m'a fait découvrir la vie, qui m'a arraché à une jeunesse studieuse et
ennuyeuse, celle qui m'a montré tant de plaisirs, le bonheur.
Septembre 1995 - Rentrée en Math Spé
Les choses se corsent. Les concours me demandent beaucoup de
temps de travail mais j'arrive toujours à mener une relation stable avec
Ludivine. Je pars souvent en vacance avec elle, nos parents se connaissent, tout
est en bonne voie. Ange rentre en fac, elle se cherche, commence des études de
psycho. On reste en contact, mais comme amis malgré quelques baisers. On se voit
de temps en temps à Aix. Je l'aime encore, je lui dis que je voudrais être avec
elle, mais elle ne veut rien de stable, elle veut s'amuser, profiter de la vie,
de sa nouvelle vie. Elle m'invite dans sa chambre en cité universitaire un soir.
Elle me propose un massage qui dégénère. Mais elle ne veut pas se mettre avec
moi. Je rentre chez moi avec le sentiment que c'est la dernière fois que je la
vois avant longtemps; il est 4h du matin, je suis crevé, lorsque j'ouvre les
yeux la rambarde de l'autoroute fonce sur moi. J'esquive de justesse, ayant la
peur de ma vie. Je ne veux pas mourir, pas maintenant. Mourir en revenant de
chez Ange, quelle belle fin pourtant. Je retrouve Ludivine. Je ramène tout au
sexe, je ne pense qu'à m'amuser et profiter de la vie. Expériences en tout
genre, je goûte à tout, trompe Ludivine à Noël avec une fille bourrée qui ne
m'intéresse pas du tout. Expérience homosexuelle sans pénétration avec un
inconnu en rentrant de soirée un jour. Je veux tout tester, tout tenter. Le
tournant que prend notre relation avec Ludivine m'inquiète un peu. Je suis accro
à Ange, je ne suis pas sûr d'aimer Ludivine. Tout va trop vite, je flippe. Un
jour, un pote de prépa me dit "Tu vas faire quoi avec Ludivine, la plaisanterie
a assez durée, tu ne l'aimes pas quand même ?". J'ai toujours été trop sensible
au regard des autres, à ce qu'ils pensent de moi. Etais ce de la jalousie de sa
part ? Une boutade ? Je ne sais pas, mais le doute a germé dans mon esprit... Les
vacances d'été. J'ai réussi mes concours et pars pour Toulouse. Ludivine et moi
nous disputons, en fait je provoque une dispute, je veux la quitter, commencer
une nouvelle vie à Toulouse, tirer un trait sur mon passé. Assez de souffrances,
oublier les filles pour quelques temps. Je quitte Marseille sans même lui dire
au revoir, aucune nouvelle, je disparais du jour au lendemain.
Septembre 1996 - 1ère année en école d'ingénieur
La fête, de nouveaux amis, la fin des études lourdes.
Sorties, drague. Mais rien. Je regrette mon attitude vis à vis de Ludivine. Je
la rappelle au bout de 3 mois. Elle ne veut plus entendre parler de moi et elle
a raison. Je me complais dans ma douleur, aime passer pour une victime. Je tente
vaguement de draguer mais le coeur n'y est pas. Je repousse Julie, je pense plus
à m'amuser avec mes potes qu'à draguer. J'ai quelques nouvelles d'Ange, mais je
me sens éloigné d'elle, différent, nous n'avons pas les même centres d'intérêts.
Elle devient une amie comme une autre.
Septembre 1997 - 2ième année en école d'ingénieur
La solitude me pèse. Mes vaines tentatives pour trouver une
copine se soldent toutes par des échecs. Mika me contacte pour me proposer un
plan à trois avec sa copine du moment. Je refuse après avoir longuement hésité.
C'est la dernière fois que j'entends parler de lui, lui qui a été mon meilleur
pote des années durant. Quelques nouvelles d'Ange qui doit changer de fac à la
fin de l'année. Elle me manque, comme amie uniquement. Période de fête entre
amis, le tourbillon de la vie étudiante me happe de plein fouet.
Août 1998 - Année en Suède
Je change de vie à nouveau, j'oublie des anciens pote, je
fuis à nouveau, rencontre Marie, commence une belle histoire avec elle. Delphine
la française me fait des avances. Elle sort avec quelqu'un qui est resté au
pays, mais cela ne va pas trop, un soir où elle est bourrée, je la ramène dans
sa chambre et elle me demande de l'embrasser. Marie, Delphine, je n'ai jamais
été fidèle, j'ai commencé ma vie sexuelle en trompant, je mourrais en trompant à
mon avis. Je l'embrasse sur la joue et commence à lui caresser les seins lorsque
Massimo débarque dans la chambre pour prendre des nouvelles. Je suis arrêté en
plein vol. Je remonte avec Marie qui m'attend, Massimo n'a rien vu je pense. Le
lendemain Delphine et moi convenons d'oublier ce qui a failli se passer cette
nuit là. Bien sûr tout ceci n'apparaît pas dans mon journal de l'époque. Un jour
je reçois une carte d'Ange qui a écrit à mes parents n'ayant pas ma nouvelle
adresse. Je suis tellement heureux de savoir qu'elle va bien. J'en parle à Marie
mais omets bon nombre de détails sur nos relations. Une petite carte en réponse.
Puis je l'oublie à nouveau. Retour en France et séparation physique de Marie qui
rentre à Dublin. Nous restons ensembles, bien décidés à essayer de vivre
ensemble d'une manière ou d'une autre.
Juillet 1999 - Octobre 2001
Je manque de partir vivre à Dublin, Marie manque de venir
habiter en France. Mais rien ne se fait. Je suis plus intéressé par ma carrière
que par mon couple. Je sombre dans la douce facilité d'un couple distant : je
suis libre mais j'aime Marie. Je me fais draguer par une fille à mon vidéoclub
et me retrouve chez elle. Elle veut manifestement coucher avec moi. Pour la
première fois de ma vie, je dis non, je ne trompe pas ma copine. Je choisis de
construire, de vivre avec Marie coûte que coûte. Mais le temps n'arrange rien,
la séparation commence à détruire notre bel amour, la pression familiale me
pèse, tout le monde veut que l'on prenne une décision. Je n'ai pas de solution,
mais je sais que Marie sera la femme de ma vie. On trouvera bien. Pas de
nouvelle d'Ange pendant ces longues années. Eté 2001, je pense à Ange et
Ludivine plus que d'habitude. Je tapes leur noms dans un moteur de recherche sur
Internet. Surprise, je les retrouve. Ludivine a poursuivi une brillante carrière
en littérature, a écrit des essais et des livres de grammaires pour enfants.
Ange est thésarde en sciences cognitives maintenant. J'ai un immense sentiment
d'échec, de jalousie, j'impression que je n'ai rien fait de ma vie jusqu'à
présent, que tous ont réussi sauf moi. Changement dans mon attitude, je donne
tout au travail, il n'est plus question pour moi de quitter la France, je
commence une carrière ici, l'opportuniste, le louveteau est né. Je contacte Ange
sans grand espoir, un petit mail. Le miracle arrive, elle me recontacte, nous
parlons longuement, elle est seule, donne tout à ses études. On parle de nous,
de notre passé. Elle a un colloque sur Paris en octobre, je propose de
l'héberger. Elle accepte. Ange est de retour !
Octobre 2001 - Septembre 2002
Octobre arrive. Ange aussi. Dieu qu'elle a changé, c'est une
femme superbe maintenant (en tout cas pour moi). On se fait un resto avec des
potes qui connaissent Ange de nom, depuis le temps que je leur en parle. Thomas
connaît mon passé avec elle. Lui et Tommy font des paris pour savoir si je
tiendrai les 3 jours de son passage à Paris sans lui sauter dessus (et
réciproquement). Chaque nuit je rêve d'elle, la savoir dans mon lit juste à coté
me fait oublier Marie. Je rêve de la caresser, de lui faire l'amour comme avant,
elle qui me connaît si bien, celle qui m'a donné le plus de plaisir jusqu'à
présent dans ma vie. La suite s'enchaîne rapidement : le dernier matin je vais
la réveiller, elle me demande un câlin dans un murmure tout en gardant les yeux
fermés. Je m'allonge à coté d'elle, conscient que les choses risquent de
dégénérer rapidement si je ne fais rien. Je choisis le passé. Nous faisons
l'amour pendant des heures, ma plus belle nuit, le meilleur orgasme de ma vie.
Elle semble radieuse, je ne l'ai jamais sentie comme ça. Je n'ai aucun remord
pour Marie. Je suis devenu un vampire sentimental, totalement froid, insensible,
purement sexuel. Je dois partir au boulot, Ange part dans la matinée pour
Marseille. On se douche ensemble, refait l'amour, s'embrasse une dernière fois.
On a conscience d'avoir fait une bêtise. Je lui dis que j'ai fait ça pas amitié
en partie, mais pas seulement. En rentrant, je trouve un mot sur ma table, où
elle me parle de nous, me dit qu'il vaut mieux que je reste avec Marie. Mais le
mal est fait, le poison est dans mes veines, me gangrène l'esprit. Vacances avec
Marie assez moroses, je ne l'aime plus. Je ne pense qu'à Ange, Ange, encore et
toujours Ange. En décembre je descends à Marseille pour voir le Seigneur des
Anneaux avec elle. Nous n'y allons pas, nous faisons l'amour dans sa voiture,
elle me propose de passer la nuit chez son frère. "Je ne peux pas, mes parents
vont se demander où je suis" (pour moi, je suis avec elle comme avant, pour nos
plans sexe/amitié). "Mais pourquoi, tu fais ce que tu veux non ?" (pour elle,
tout est déjà allé trop loin, elle pense que je vais quitter Marie pour elle).
Elle me ramène chez moi, me propose de venir vivre avec moi sur Paris, me dit
"je t'aime" pour la première fois, cela me bouleverse, elle trouvera à
poursuivre sa thèse sur Paris, tout est possible. Je lui dis que je ne sais pas,
que je veux sauver mon couple. Mars 2002. Retour à Marseille, je retrouve Ange,
nous nous aimons encore, elle me redemande encore de choisir. Et je le fais. Je
veux vivre avec Marie, je veux sauver ce qui peut l'être avec elle. Elle pleure,
me dit qu'elle regrette de s'être fait des illusions, qu'elle avait pensé que
c'était plus que de l'amitié entre nous. Je ne l'avais jamais vu comme cela
avant. Nous sommes en voiture, elle met "The Cranes". "Tu te souviens ?" dit
elle en larmes. "Oh oui". Je suis triste, j'ai l'impression d'avoir tout gâché,
que je suis misérable, un salop, que je trompe tout le monde. Lorsque nous nous
quittons, je sais que quelque chose de grave vient de se passer. Je ne sais plus
quoi penser. Je n'aime plus Marie. Je veux la quitter. Cet été, il faut que je
lui dise. La graine germe, je comprends que j'ai fait fausse route, je regarde
les signes qui ont parsemé notre vie. Lorsque j'appelle Ange en juillet après
avoir fait le mort depuis mars, mon univers explose. Elle a rencontré un mec en
mai, et maintenant elle vit avec lui. La terre s'ouvre sous mes pieds, je revois
ma vie, je comprends. Je n'ai que ce que je mérite. Tout est fini dans mon coeur
avec Marie.
Octobre 2002 - 16 Janvier 2003
On part en vacances avec Marie une dernière fois en octobre,
pour son anniversaire. Je n'ose pas la quitter, elle est si joyeuse, mais je
suis désagréable malgré moi, ne l'aime plus, tout m'énerve en elle. Décembre. Je
quitte Marie. Je rappelle Ange pour avoir de ses nouvelles, et elle a cette
phrase assassine...
- Ange : On s'est toujours raté, tu n'étais pas prêt l'an dernier. Même au
collège quand tu sortais avec cette blonde et que tu ne voulais pas de moi. On
aurait pu vivre quelque chose de bien.
- Moi : (Seigneur Dieu, une petite graine insignifiante...) Mais... mais j'ai
menti, je ne sortais avec personne, je n'étais pas prêt c'est tout. Mais
pourquoi ai je menti ?! Je suis désolé, rien n'était vrai !
- ... Tout ça pour ça. Quel gâchis. (dans un murmure un peu comme si elle ne
croyait pas ce qu'elle disait) De toute manière cela n'aurait pas marché entre
nous, tu aimes la ville, j'aime la campagne, non ?
- (je n'arrive plus à parler, les sanglots me bloquent la voix) Peut être. Peut
être pas. Quel gâchis, mon Dieu, quel gâchis.
- (petit rire) Mais c'est pas grave, ne te met pas dans cet état.
La stratégie du rire, c'est elle qui me l'a apprise, je sais reconnaître ce
rire, ce rire qui protège. Elle soufre, elle aussi mais ne le montre pas. Je
m'effondre en larmes, vide une bouteille de Martini, appelle au secours Thomas.
Il me traîne de force à la pendaison de crémaillère de Seb. Je vois Chloé pour
la première fois. Un miroir, Ange est devant moi. Je suis le seul à lui parler
de la soirée, le seul à m'intéresser à elle. Comme toujours, je m'intéresse aux
délaissés, comme Ange il y a 14 ans de cela. C'est trop dur pour moi. Je veux me
détruire, tout détruire autour de moi comme un enfant qui casse ses jouets de
rage. Je m'éloigne de mes amis, tente de me prendre des cuites mémorables pour
oublier. Retour catastrophique à Marseille pour les vacances. Commisération des
uns, gaffes des autres, tout le monde me gonfle avec Marie et mes parents me
harcèlent pour savoir si je vais bien, me disant d'aller voir Ange, mon amie. Je
n'ai pas la force de la voir. Début janvier, grosse déprime, pleurs, larmes,
doutes, excès. Je roule à fond sur le périph, je ne souhaite qu'une chose :
mourir dans un accident, je n'ai pas le courage de me foutre en l'air, mais si
quelqu'un pouvait me tuer, ça serait bien. 16 janvier, ultime tentative de
survie, écriture d'un journal, pour comprendre, analyser ce qui a pu se passer.